Eric Lebrun à l'orgue de l'église du Sacré-Coeur, au Printemps des Arts de Monte-Carlo
Eric Lebrun au Printemps des Arts de Monte-Carlo

De l’orgue au quatuor : un week-end au Printemps des Arts de Monte-Carlo

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Après avoir assisté au concert Guillaume de Machaut, « Ma fin est mon commencement », thématique du Printemps des Arts, Classicagenda s’est rendu au récital 100 % Bach proposé par Eric Lebrun à l’église du Sacré-Coeur puis au concert donné par le Quatuor Voce à l’Opéra de Monte-Carlo. Deux soirées qui marqueront cette édition par leur qualité.

 

Après plusieurs années d’absence, quelle bonne idée de programmer à nouveau un rendez-vous avec l’orgue au Printemps des Arts ! Sous l’impulsion du directeur artistique Bruno Mantovani fraîchement nommé, le roi des instruments signe son retour avec un récital consacré au maître Jean-Sébastien Bach.

Pointure du monde de l’orgue, élève de Gaston Litaize, professeur au Conservatoire de Saint-Maur-des-Fossés, organiste titulaire de l’église Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts à Paris, Eric Lebrun est aux claviers. 

Pour reprendre le fil rouge de l’événement « Ma fin est mon commencement », il s’agissait de mettre en regard les œuvres du jeune Jean-Sébastien avec celles du vieux Cantor. Une manière d’éclairer les influences et les étapes du parcours prolifique du compositeur. 

L’instrument monégasque, installé en 2016, comporte 3 claviers, un pédalier, et 30 jeux. Il est signé de la manufacture Brondino Vegezzi-Bossi de Centallo. Quant à l’acoustique plutôt sèche de l’édifice, elle facilite la lisibilité et la clarté du son à travers la nef.

Stylus fantasticus 

En premier lieu, l’ombre de Buxtehude plane sur la Toccata en ut majeur BWV 566a du jeune Bach, idiomatique du fameux stylus fantasticus par son allure libre et improvisée. Elle précède une autre œuvre de jeunesse, le choral « Ein feste Burg » BWV 720, qui révèle un brillant cornet dédié au cantus firmus tandis que le ténébreux jeu de voix humaine assure l’accompagnement dans les graves.

Eric Lebrun à l'orgue de l'église du Sacré-Coeur, au Printemps des Arts de Monte-Carlo
Eric Lebrun à l’orgue de l’église du Sacré-Coeur, au Printemps des Arts de Monte-Carlo

La fougue de Bach rencontre ensuite l’influence italienne avec la Fugue en ut mineur sur un thème de Legrenzi BWV 574 et le Concerto en la mineur BWV 593 (joué par cœur !) transcription d’un concerto pour violon et cordes de Vivaldi. Une interprétation lumineuse et pleine d’ivresse portée par le talent d’Eric Lebrun, conjuguant virtuosité et sens de la registration, variant les jeux et les plans sonores.

La seconde partie de soirée s’intéresse aux œuvres de la maturité à l’instar du Prélude et fugue en ut majeur BWV 547, forme dans laquelle Bach excellait. L’organiste en livre ici une version flamboyante, usant également d’un jeu insolite de carillon pour ponctuer le prélude. 

Le programme s’offre une respiration avec le choral orné « Schmücke dich, o liebe Seele » BWV 654 qui se montre d’une grande noblesse. 

Une lecture limpide et authentique 

Eric Lebrun poursuit l’exploration de l’œuvre testamentaire du Cantor de Leipzig avec le premier contrepoint de l’Art de la fugue, avant de procéder à l’ultime touche du portrait : l’exécution de l’impressionnant Prélude et fugue en mi mineur BWV 548. Plein jeu et fonds d’orgue révèlent une incroyable complexité d’écriture dont se joue l’interprète au moyen d’une lecture limpide, authentique.

Vous avez envie de poursuivre l’exploration ? Vous pouvez retrouver Eric Lebrun aux côtés de Marie-Ange Leurent dans une intégrale Bach en cours d’enregistrement chez Chanteloup Musique.

Autre bonne nouvelle pour les amateurs d’orgue, le nouveau directeur Bruno Mantovani assure vouloir programmer un concert d’orgue par édition. De quoi replacer l’orgue au centre d’une programmation éclectique et exigeante. 

Le Quatuor Voce au Printemps des Arts de Monte-Carlo
Le Quatuor Voce à l’Opéra de Monte-Carlo

Changement de registre

Autre registre dès le lendemain avec le concert de musique de chambre Mozart, Chostakovitch, Debussy à l’Opéra de Monte-Carlo. En effet, durant les 3 premières saisons placées sous la houlette de Mantovani, un quatuor se trouvera mis à l’honneur. Le compositeur ne cache pas son fort attachement à cette formation pour laquelle il compose. Cette année, c’est le Quatuor Voce, 17 ans d’existence et une solide réputation internationale, qui a l’honneur de se produire lors de concerts.

Au Printemps des Arts de Monte-Carlo, le Quatuor Voce
Le Quatuor Voce à l’Opéra de Monte-Carlo

Si l’on sent une légère réserve sonore dans l’interprétation du Quatuor à cordes n°13 en ré mineur, K. 173, les musiciens retrouveront vigueur et énergie dans le Quatuor à cordes n°3 en fa majeur, op. 73 de Chostakovitch. Cette fresque impressionnante composée durant l’après-guerre offre un premier mouvement espiègle tandis que les musiciens s’attachent ensuite à exalter la verve inspirée du compositeur. Époustouflant.

Pour conclure, le Quatuor à cordes en sol mineur, op. 10 de Debussy démontre avec quelle maîtrise les “Voce” s’emparent de l’unique chef d’oeuvre pour quatuor à cordes du compositeur (l’ostinato de l’alto au deuxième mouvement est saisissant). Le travail sur les équilibres entre les parties, la clarté d’un discours libérée de tout pathos, confirment la place prépondérante occupée par cette formation. 

Le festival se poursuit jusqu’au 3 avril 2022.

Rédacteur en chef adjoint de Classicagenda, Julien Bordas rédige également depuis 2016 des articles d'actualité, des interviews et des chroniques de concerts. Sa passion pour la musique classique provient notamment de sa rencontre avec l'orgue, un instrument qu'il a étudié en conservatoire et lors de masterclass.

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