Max Emanuel Cencic © Laura Chapman

Un samedi et deux contre-ténors à Bayreuth Baroque

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Le second samedi de l’édition 2024 du Festival baroque de Bayreuth propose deux récitals de contre-ténors : en version intimiste avec Terry Wey à l’Eglise Notre-Dame du Château et avec les Talens Lyriques à l’Opéra des Margraves pour Max Emanuel Cencic, remplaçant Anna Prohaska à la dernière minute.

Dessiné par Joseph Saint-Pierre, le même architecte que pour l’Opéra des Margraves, l’Eglise Notre-Dame du Château de Bayreuth est le lieu d’inhumation de ses commanditaire, le margrave Frédéric de Brandebourg-Bayreuth et son épouse Wilhemine de Prusse. La nef baroque, avec ses fresques pastels accueille le programme que Terry Wey donne autour de Haendel, accompagné par Luca Pianca au luth et Vittorio Ghielmi à la viole de gambe.

Terry Wey © Theresa Pewal

Dès la première des quatre cantates du programme, Figli del mesto cor HWV 112, toutes écrites pendant le séjour italien du Caro Sasonne, fait valoir la qualité de l’intonation du contre-ténor suisse. La transparence du continuo soutient l’expressivité naturelle du chant, attentive à une coloration du mot toujours sobre, au diapason de la miniaturisation du théâtre dans ces pages qui ne jurent aucunement dans un édifice religieux. La rencontre des différentes écoles musicales de l’époque s’illustre avec les pages instrumentales insérées entre les pièces vocales. Après le moelleux de l’Allemande tirée de la Girouette de Forqueray, Lungi da me, pensier tiranno HWV 125b, fait valoir une belle concentration, à la fois dramatique et virtuose. Côté germanique, la Sonata a liuto solo de Daube distille une intimitée tamisée en harmonie avec un florilège où l’oreille est attirée par la musicalité, et dont témoigne l’interprétation des tourments amoureux dans Qualor, crudele si, ma vaga Dori HWV 151. Icône de la viole de gambe, dont s’est fait le relais, auprès du grand public, le film Tous les matins du monde, Marin Marais cisèle des portraits de caractère à l’exemple de l’Allemande La Marianne, la Sarabande La Désolée et d’une Arabesque, avant la dernière cantate du récital, Nel dolce tempo HWV 135b, qui confirme l’instinct et la maîtrise élégiaque de Terry Wey.

Max Emanuel Cencic © Laura Chapman

Le soir, au Théâtre des Margraves, Max Emanuel Cencic remplace au pied levé Anna Prohaska, qui a dû annuler son concert. Le voyage dans le répertoire cosmopolite de l’opéra de Hambourg du début du XVIIIème siècle devient, avec les intermèdes instrumentaux initialement prévus, une soirée autour de Senesino, le castrat qui avait créé le rôle d’Agamemnon dans Iphigénie en Aulide de Porpora que le contre-ténor croate interprète dans la production qu’il met en scène pour cette édition 2024 du Festival baroque de Bayreuth où les Talens Lyriques sont l’ensemble en résidence. Sous la houlette de Christophe Rousset, la formation française défend les couleurs de pages de Keiser, Haendel, Mattheson et Telemann, ainsi qu’un concerto grosso de Corelli et une Sonate à 4 de Scarlatti. Si dans la première partie, le soliste a dû reprendre des airs qu’il a incarnés dans le passé – deux de Tamerlano et un de Giulio Cesare de Haendel –, les trois qu’il puise dans le Porpora à l’affiche cette année lui permet de libérer sa virtuosité expressive qui passe par toute la palette des sentiments d’Agamemnon, à la manière d’un bis aux représentations scéniques qui recueille sans réserve les suffrages du public.

Gilles Charlassier