Gerhild Romberger and Kazuki Yamada © Jean Louis Neveu OPMC

La 3ème symphonie de Mahler ouvre la nouvelle saison à Monte-Carlo sur une note douce-amère

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Le dimanche 22 septembre, Kazuki Yamada a ouvert la saison 2024-2025 de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo avec une interprétation émouvante de la Symphonie n° 3 de Gustav Mahler.

L’inauguration d’une nouvelle saison est normalement une occasion joyeuse, mais ce concert avait un goût doux-amer pour les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, car dédié à la mémoire de leur collègue Franck Lavogez, basson solo de l’orchestre, décédé subitement le 26 août dernier à l’âge de 58 ans. La contribution de Lavogez à la scène orchestrale française est énorme : il a défendu le basson français, aujourd’hui devenu presque obsolète, contre le Fagott allemand, omniprésent même dans les orchestres en France. Le timbre plaintif caractéristique de son instrument a ainsi contribué à définir le son de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo. Il n’y a pas eu de discours, mais en entrant sur scène chaque musicien a déposé une fleur blanche devant la photo de son collègue disparu. La symphonie de Mahler, elle-même une exploration du sens de la vie et de la mort, leur a servi d’expression de sympathie et de chagrin.

Franck Lavogez © OPMC

Maestro Yamada a su relever les défis que représente la Troisième symphonie, la plus longue et l’une des plus difficiles des symphonies de Mahler. Son approche plutôt mesurée a permis à cette œuvre tentaculaire de se déployer naturellement. Le tempo du premier mouvement, Kräftig. Entschieden (avec force. Décidé), était assez rapide, et au début son interprétation semblait plutôt froide et détachée, surtout dans le thème « L’été se met en marche », qui reçoit souvent une lecture plus sentimentale. Mais en résistant à la tentation de s’attarder sur chaque phrase, Yamada a permis une montée en puissance juste avant la réexposition afin de créer un point culminant galvanisant.

Mahler avait initialement intitulé le deuxième mouvement « Was mir die Blumen auf der Wiese erzählen » (Ce que me racontent les fleurs dans les prés), et ici Yamada a cédé à la tentation de s’arrêter pour sentir les roses. Les contributions solistes du hautbois, de la flûte et du violon solo, d’une grande beauté, ont conféré un caractère délicat à ce mouvement. Dans le troisième mouvement, Yamada et l’orchestre ont accentué le contraste entre le legato des violons et l’évocation des chants d’oiseaux par les instruments à vent.

Les quatrième et cinquième mouvements ont été interprétés avec le concours du chœur de femmes de l’Orchestre symphonique de Birmingham (CBSO), dont Yamada est également le chef principal, et le chœur d’enfants de l’Académie Rainier III de Monaco. La mezzo-soprano soliste Gerhild Romberger est entrée sur le texte de Nietzsche « O Mensch ! Gib Acht ! » (Ô homme, prends garde !) d’une manière si juste que son chant semblait naître des phrases orchestrales. Son approche naturelle et non ostentatoire a donné à cette œuvre gigantesque une qualité d’introspection profonde, dont l’esprit a infusé le long mouvement final pour orchestre seul.

Jacqueline Letzter et Robert Adelson, historienne de la littérature et musicologue, sont les auteurs de nombreux livres, dont Ecrire l'opéra au féminin (Symétrie, 2017), Autographes musicaux du XIXe siècle: L’album niçois du Comte de Cessole (Acadèmia Nissarda, 2020) et Erard: a Passion for the Piano (Oxford University Press, 2021). Ils contribuent à des chroniques de concerts dans le midi de la France.