Kazuki Yamada © Kazuki Yamada

Entouré d’amis, Kazuki Yamada amorce son départ de Monte-Carlo

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Difficile, au premier abord, de discerner un fil conducteur entre les trois œuvres inscrites au programme du concert dirigé par Kazuki Yamada ce 8 juin à Monte-Carlo. Entre un poème symphonique moderniste de Takemitsu, un concerto tardif de Brahms et l’un des piliers du romantisme français, la Troisième symphonie de Saint-Saëns, les passerelles thématiques semblent ténues. Mais une constante se dégage tout de même : la mise en valeur de solistes d’exception, pas moins de quatre partageant l’affiche au cours de la soirée.

Le concert s’est ouvert avec I Hear the Water Dreaming (1987) de Toru Takemitsu, court poème symphonique pour flûte et orchestre. La flutiste Kie Ishii a traduit à merveille le caractère impressionniste de cette œuvre aux grands effectifs. Sous la direction de Yamada, l’orchestre—incluant deux harpes et un contrebasson aux répliques très exposées—a répondu à la flûte par des échos brumeux, presque oniriques.

Kie Ishii, Kazuki Yamada et l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo © Stephane Danna

La complicité des deux solistes interprétant le Concerto pour violon et violoncelle en la mineur, op. 102 de Johannes Brahms n’est plus à démontrer. La violoniste Anne-Sophie Mutter et le violoncelliste Pablo Ferrández, lauréat de la Fondation créée par Mutter, collaborent fréquemment, notamment dans un enregistrement de cette même œuvre en 2022 avec l’Orchestre Philharmonique Tchèque sous la direction de Manfred Honeck — une première pour Mutter depuis sa version légendaire de 1983 avec António Meneses et Herbert von Karajan.

Loin de juxtaposer deux brillants solistes, cette œuvre exigeante réclame un véritable jeu de miroir entre eux. Ce fut précisément le cas ici : le regard, l’écoute et le phrasé unissaient Mutter et Ferrández dans un dialogue d’une rare cohérence. Le violoncelle, premier à s’exprimer, a imposé son ton noble et dense, sans excès. Il arrache à son instrument des couleurs profondes et chaleureuses, auxquelles Mutter répond par un jeu tout aussi nuancé, marqué par une palette infinie de vibratos. L’enchaînement des répliques était si fluide qu’on ne distinguait parfois plus les registres, les aigus du violoncelle se fondant dans les graves du violon. Le second mouvement (Andante) fut un sommet d’élégance, Ferrández ombrant délicatement le chant lumineux de sa partenaire. Ferrández a récemment été nommé artiste en résidence de l’orchestre de Monte-Carlo pour la saison 2025-2026.

Anne-Sophie Mutter, Pablo Ferrández, Kazuki Yamada et l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo © Stephane Danna

Après la pause l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo a interprété la spectaculaire Symphonie n° 3 en ut mineur, « avec orgue », op. 78 de Camille Saint-Saëns. Yamada a donné une interprétation vive, parfois un peu rapide : l’Allegro moderato initial manquait parfois de clarté rythmique dans ses motifs répétés. En revanche, le scherzo, mené tambour battant, fut l’un des moments forts de la soirée. Si aucun des lieux de concert monégasques ne dispose d’un véritable orgue, la version électronique de l’instrument, tenue avec goût par Emmanuel Pélaprat, a fait belle impression dans les passages les plus grandioses.

Cette soirée marquait le premier concert de Yamada depuis l’annonce officielle de son départ, prévu à l’issue de son contrat en août 2026. En poste depuis 2016, Yamada vient d’être nommé à la tête du Deutsches Symphonie-Orchester de Berlin, succédant à Robin Ticciati. ll est également directeur musical du City of Birmingham Symphony Orchestra.

Le public, venu nombreux, a salué chaleureusement celui qui a su hisser l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo à un niveau d’excellence reconnu au-delà des frontières. Après les années de transition ayant suivi la disparition prématurée de Yakov Kreizberg et le retour temporaire de Gianluigi Gelmetti, Yamada a incarné un renouveau artistique salué par la critique. On espère désormais que son successeur saura poursuivre dans cette voie exigeante, mais prometteuse.

Jacqueline Letzter et Robert Adelson, historienne de la littérature et musicologue, sont les auteurs de nombreux livres, dont Ecrire l'opéra au féminin (Symétrie, 2017), Autographes musicaux du XIXe siècle: L’album niçois du Comte de Cessole (Acadèmia Nissarda, 2020) et Erard: a Passion for the Piano (Oxford University Press, 2021). Ils contribuent à des chroniques de concerts dans le midi de la France.