Statue Bach à Leipzig
Statue Bach à Leipzig

Sur les traces de Jean-Sébastien Bach avec Gilles Cantagrel

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Dans son nouvel ouvrage, Gilles Cantagrel met les “contrepoints sur les i”. A la lueur des dernières recherches historiques, l’auteur fait voler en éclats certaines idées reçues sur la vie et l’oeuvre du fameux “Cantor de Leipzig”. Il livre une somme passionnante, à la fois riche, étonnante, et accessible, sur l’un des musiciens les plus fascinants que l’histoire de la musique ait connu : Jean-Sébastien Bach.

 

L’ouvrage se divise en 3 parties  : Au temps de Bach, Après Bach, et Aujourd’hui. Il nous emmène d’abord respirer l’air des lieux en Thuringe, sur les pas de Jean-Sébastien, puis dans les différentes villes marquées de son empreinte (Eisenach, Arnstadt, Weimar…), et à Leipzig bien-sûr, surnommé “Le Petit Paris”, loin de l’image austère qu’on a bien voulu lui prêter. 

Ensuite, Cantagrel aborde les conflits qui jalonnent la vie de Bach. Que ce soit avec l’Université, le Conseil de Leipzig ou l’un de ses élèves, le musicien montre une détermination sans faille à faire valoir son bon droit !  

D’étonnantes périodes de silence ou d’absence sont évoquées. Qu’est-il vraiment arrivé à Bach ? Surmenage ? Problèmes de santé ? Conflits ? Toutes les hypothèses sont encore sur la table… 

Quant aux problèmes de vision (la myopie puis la cécité), ces derniers sont scrutés à la loupe, notamment les fatales interventions chirurgicales du sulfureux John Taylor.  

Gilles Cantagrel tord aussi le cou à la thèse du “profond oubli” qu’aurait connu Bach après sa mort. En effet, d’après lui, cette allégation ne serait pas vraiment exacte. La diffusion et la réputation de l’oeuvre de Bach étant déjà installées dans les milieux musicaux avertis, bien avant la fameuse Passion selon Saint-Matthieu donnée en 1829 par Mendelssohn.

Ce dernier n’aurait donc pas “redécouvert” le grand compositeur à cette époque-là, comme on l’entend parfois, car il en était familier depuis son adolescence… 

En outre, dès le XVIIIème siècle, la Sing-Akademie, l’Académie de chant de Berlin fondée par Carl Friedrich Christian Fashe (qui prend racine dans le “mouvement” Bach), fait travailler la musique chorale de Bach. Sans oublier les jeunes Mozart et Beethoven qui figurent parmi les interprètes précoces de son oeuvre.

Sur les traces de Jean-Sébastien Bach par Gilles Cantagrel
Sur les traces de Jean-Sébastien Bach par Gilles Cantagrel

Autres pages captivantes de l’ouvrage, celles consacrées à la famille Bach. Jean-Sébastien est le père de vingt enfants, dont seulement la moitié ont pu vivre au-delà de cinq ans… Cantagrel s’intéresse aux deux fils oubliés, aux quatres fils compositeurs aux destinées singulières, et à leurs rôles au sein de la famille. Une maison “si vivante qu’elle ressemblait tout à fait à un pigeonnier” dira Carl Philipp Emanuel Bach.

On connaît surtout les fils, par l’héritage musical qu’ils ont laissé, mais les filles ? L’auteur n’oublie pas les quatre enfants de Bach que l’Histoire semble avoir oubliés. La discrète Catharina Dorothea, Elisabeth Juliana Friederica, mariée au musicien Altnickol, Johanna Carolina, dont on ne connaît pratiquement rien, et Regina Susanna, qui a survécu à tous ses frères et soeurs… 

Quant à la famille Bach, saviez-vous que Paul Bach (1878 – 1968), « fonctionnaire des postes mort sans descendance, fut le dernier membre de la famille élargie à porter le patronyme” ? 

On se délectera des idées reçues souvent mises à mal… A propos de L’Art de la fugue, “incomplète” mais pas “inachevée”, ou au sujet du Clavier bien tempéré qui marque « l’avènement définitif et irréversible de la tonalité” plutôt que “l’intérêt du tempérament égal”.  

L’ouvrage se referme notamment sur les questions liées à la foi de Jean-Sébastien Bach, ainsi qu’à ses doutes, que l’on connaît moins. Une place est faite aussi à son attachement aux symboles (signe de croix dans l’écriture musicale), aux chiffres et aux nombres, à son utilisation du canon, notamment dans les Variations Goldberg ou dans le choral Voici les dix saints commandements ! de la 3ème partie du Clavier Übung. Il est aussi question de la passionnante thématique de l’opéra. Bach n’a jamais composé d’opéra à proprement parler, mais certaines de ses œuvres ne sont-elles pas intrinsèquement opératiques interroge l’auteur ?

Même si, après avoir lu ce livre, certaines questions restent en suspens, Gilles Cantagrel signe là un nouvel ouvrage de référence consacré à Bach, indispensable à tout mélomane. 

 

Plus d’infos sur le livre

 

Rédacteur en chef adjoint de Classicagenda, Julien Bordas rédige également depuis 2016 des articles d'actualité, des interviews et des chroniques de concerts. Sa passion pour la musique classique provient notamment de sa rencontre avec l'orgue, un instrument qu'il a étudié en conservatoire et lors de masterclass.

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